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Avant-propos de Christian Pierret à Pour une social-démocratie décomplexée
Extrait de l'ouvrage Pour une social-démocratie décomplexée
Le sens d'une candidature



J’ai écrit ce livre pour expliquer le sens d’une candidature à un an d’une élection décisive pour la France.

Les maux structurels qui minent la France ne seront pas résorbés, loin s’en faut, si la politique menée actuellement perdure. Déficit public abyssal, désindustrialisation dramatique de notre pays, perte de compétitivité par rapport à nos voisins, en particulier l’Allemagne, désespérance des classes populaires et des classes moyennes, montée des tensions sociales complaisamment entretenues par l’actuel Président.

Plus que jamais, tant il est indéniable que la disqualification de l’ultra-gauche comme celle de l’ultra-libéralisme sont patentes, pour sortir notre pays de la crise dans laquelle il est plongé, il n’existe qu’une réponse : la social-démocratie.

Resté fidèle à notre idéal, depuis le congrès socialiste d’Épinay en 1971, aux côtés de François Mitterrand, le militant que je suis est choqué du triste spectacle politique français dont nos concitoyens se détournent par une abstention de plus en plus massive. Il est impossible de ne pas constater aujourd'hui que nous sommes de moins en moins le parti des petites gens, des travailleurs et des classes moyennes.

Dans notre vie politique, nous nous sommes laissés piéger par un système qui n'admet plus que les postures. Les plus inattendues et les plus paradoxales font recette dans les médias jusqu’à la promotion, par certains, du fond de commerce «antijournaliste». Aucune posture ne vit très longtemps sans sa formule magique, celle qui claque, courte et clinquante. Même au PS, à coup de bons mots, de buzz ou de petits arrangements entre amis, certains accaparent la préparation de l’élection présidentielle de 2012, en préférant soigner la forme plus que le fond. Pourtant, pour nous sociaux-démocrates, comme l’affirmait Bernstein «le mouvement prime sur le but final, lointain».

Face à nous, les rives du FN et celles de l’UMP se rapprochent si dangereusement que l’enjambée est courte qui les réunira. Leur intérêt est commun : conserver la société d’injustice et d’insécurité. Conserver, c’est aussi ce à quoi aboutissent, malgré elles, la gauche et l’extrême gauche d’incantation. Alors que notre rôle est de montrer le chemin du refus et la voie du changement. Nous sommes donc plus que d'autres en charge d’une responsabilité historique : apporter une analyse et des solutions et avant tout, une ligne politique et une vision cohérentes pour l’avenir.

Le Président de la République n’est ni un conseiller général, ni un député, ni un ministre, pas même un Premier ministre. Surtout pas un marchand de promesses. Il est en charge de l'essentiel, donc de l’avenir. Il doit concevoir et porter une vision, exprimée dans une ligne politique claire qui trouve sa source et sa crédibilité dans une considération honnête des faits et en priorité du contexte international. Une analyse de la logique implacable du système économique et social mondial, tel qu'il s’est profondément transformé en quelques vingt années, est indispensable. C'est sur cette base qu'un programme de gouvernement peut se décliner.

Si l’on veut que la social-démocratie réussisse ou réponde à ce défi, elle doit être incarnée par un Président de la République, celui de la Constitution. Cela exige que le candidat qui sera désigné lors des primaires porte un véritable projet et soit affranchi des pesanteurs, des contradictions, des mensonges même qui ont toujours condamné la gauche, soit à la défaite électorale par manque de crédibilité, soit au renoncement à son programme par incapacité à tenir ses promesses, une fois élue.

À force de vouloir réaliser l’impossible conciliation de l’extrême gauche, du trotskisme et de la social-démocratie, les socialistes ont échoué. À trop vouloir concilier l’inconciliable, ils ont perdu de leur crédibilité. À trop vouloir plaire à leurs alliés du second tour, ils se sont trop souvent reniés.

Tous les partis de gouvernement de gauche européens ont fait leur mue et sont sociaux-démocrates. Ils ne sont pas condamnés, comme en France, à n’exercer que des mandats locaux. Il faut passer de l’affirmation «ultragauche», du toujours plus démagogique, à la réalisation des réformes du possible. Cela est bien différent du projet «égalité réelle» dévoilé par les socialistes, simple mosaïque de mesures expertes mais théoriques qui repose sur des sables mouvants, sur une ligne qui fuit devant nous comme un horizon, bref sur un certain vide qui fait peur quand il s’agit d’assurer une victoire, pourtant si urgente pour le peuple. Ce catalogue de promesses est l’expression du syndrome du non choix permanent du Parti socialiste.

Il faut être crédible et ordonner les réformes selon des priorités claires ; on ne peut pas tout faire en cinq ans. Les Français s’éloignent des politiques car ceux-ci ne leur parlent pas de leur vie. C’est aussi cet oubli qui fait le lit des extrémismes, en particulier de celui, certes plus policé aujourd’hui, mais toujours aussi haineux et dangereux que défend la fille de son père. On ne peut pas se contenter de petites formules, de saillies et de traits d’humour ou en appeler au retour en arrière, comme si l’avant 2002 était un monde idéal qui n’avait pas évolué. Le futur candidat devra être courageux, avoir un programme cohérent et éthique et s’inspirer des besoins des Français, pour une France moderne et diverse, plus juste, plus forte.

Le Président de la République n'est pas seulement un porteur d'idées ; sa personne incarne une idée de la France et de ses valeurs. Il n'est pas le dirigeant d'une future et hypothétique majorité parlementaire. Il est le leader, non d'un clan ou d'un parti, mais d'une Nation. Il est le chef de l’État.

Fidèle à cette conception, dans ce livre, j’ai souhaité faire partager ma vision et mes idées autour d'une ligne politique directrice fondée sur l’inversion du paradigme de la théorie socialiste traditionnelle. Ce renversement réside en ceci que la création de richesses doit précéder leur juste partage. La vraie question à traiter c’est le chômage. La vraie solution, c’est la croissance pour l’emploi.

Il faut une croissance différente qui ne soit pas uniquement basée sur l’intérêt des actionnaires, une croissance durable à laquelle les salariés seront associés, une croissance innovante en matière sociale, tout comme en recherche scientifique pour le renouveau de notre industrie. Innovation pour l’école aussi, qu’il faut entièrement bouleverser de la maternelle à l’université. Une croissance qui fait appel à une fiscalité plus juste et tournée vers la mobilisation de l’épargne au service de l’économie. Une croissance qui ne pourra trouver son plein accomplissement que si elle est liée organiquement à des politiques européennes intégrées.

Avec les militants du Parti socialiste, je crois aux forces qui entraînent. Le peuple sait qu’en 2012 une puissante vague peut tout emporter vers de nouveaux rivages. Si le navire connaît son cap et apprécie la force des vents, la social-démocratie peut le mener vers une société plus juste. Ce pays a un avenir. À condition de savoir trancher en faveur de choix difficiles mais clairs, il doit retrouver sa place et sa grandeur et il doit revenir dans le groupe de tête des grandes nations que le Monde respecte.

Christian Pierret